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Pourquoi Commemoria ?

La démarche de Commemoria repose sur le constat qu’une souffrance psychologique est engendrée par un ensemble de manquements dans notre société, dans le cadre de l’accompagnement de la fin de vie, de la prise en charge des funérailles et du processus de deuil.

Penser La mort

Dans l’esprit humain, le sexe et la mort sont aussi indissociables que le sont le temps et l’espace dans la théorie d’Einstein. Dans notre société, il y a malheureusement une absence de réflexion sur la mort, pourtant la compréhension et l’intégration de la mort sont essentielles pour la construction psychique des enfants et donc forcément pour celle des adultes qu’ils deviendront.

La médecine et la fin de vie

La médecine occidentale est, une médecine dans laquelle il est, d’une certaine façon, interdit de mourir. Comme elle bénéficie d’une technicité de pointe, elle a tendance à faire vivre arbitrairement les mourants, ce qui a pour danger d’empêche les vivants de pouvoir leur dire au revoir. Il faut donc rappeler à nos médecins que les vivants doivent pouvoir dire au revoir à ceux qui partent. C’est un besoin fondamental pour la santé mentale et la vitalité des lignées.

L’hygiène de la mort est une hygiène de la parole

Elisabeth Kübler-Ross

Cette citation signifie que l’on ne peut pas bien mourir si l’on part en gardant quelque chose sur le coeur mais, dans ce domaine, beaucoup reste encore à faire, car le fait que de nombreux soignants ne puissent rien dire ou entendre sur la mort ne facilite pas la tâche des mourants et de leurs proches face au désir légitime d’une transmission intergénérationnelle en fin de vie.

La formation et le soutien des soignants et des bénévoles font partie de la démarche des soins palliatifs mais il existe un défaut de formation et une solitude des soignants face à des fins de vie qu’ils ne savent pas accompagner Pour la famille, le processus du deuil doit commencer au même moment que celui du malade. Cette attitude, loin d’être mortifère, constitue une mesure préventive pour la santé mentale des futurs endeuillés. Pour le malade, l’idée de transmettre l’histoire de sa vie aux proches (et aux soignants) est fondamentale et a du sens. Cela lui permet de laisser quelque chose derrière lui, de réfléchir à sa vie, de léguer sa mémoire et ses souvenirs à sa famille. La relation d'aide en milieu hospitalier, via le récit de vie peut générer du sens à travers le procédé de mise en mot et les familles ont toujours divers questionnements au sujet du mourant. Le récit de vie et la biographie hospitalière sont dès lors des outils adaptés pour faire le lien entre les questions des uns et les réponses des autres car les proches et les soignants sont aussi impliqués dans le processus. De plus, le fait de créer une communauté autour de la personne en fin de vie va contribuer à l’enrichissement de ses souvenirs et de sa biographie grâce aux apports de témoignages et de documents.

Le rôle des deuils familiaux dans l’intégration de la mort

Les deuils familiaux jouent un rôle important dans notre construction et notre évolution mentale ainsi que dans, l’intégration de la mort. L’être humain construit ses représentations de sa propre mort en enterrant les gens qu'il aime, et plus particulièrement, ses grands-parents et ses parents.

L’importance des rites funéraires

Dans toutes les cultures, le respect de la personne humaine s’est étendu au-delà de la mort corporelle. Jadis, nous avions des rites réparateurs de séparation et de deuil mais une désocialisation des croyances et des pratiques funéraires prédomine actuellement dans notre culture. Dans l’ensemble, ces rites, que l’on retrouve dans les sociétés traditionnelles, ne sont plus guère pratiqués de nos jours. La société occidentale ne nous aide pas; elle nous demande de rester digne dans la douleur, de ne pas nous plaindre, de vite redevenir « comme avant » et « en forme ». Pourtant, les funérailles et le deuil collectif sont aussi l'occasion de moments particuliers de sociabilité qui marquent l'histoire d'un groupe et il existe des mots pour le dire. Toutefois, il faut que ceux-ci soient entendus et écoutés. Aujourd'hui comme hier, le poids du symbole, des craintes associées à la mort ne se tarit pourtant pas bien au contraire.

Organiser des funérailles qui préparent le travail de deuil

Il serait moins difficile et douloureux de plutôt proposer de mettre le mort à sa juste place dans notre souvenir, de dénouer lentement les liens, un par un, et chacun le moment venu, afin de pouvoir explorer et d’avoir le temps de vivre intensément toutes les émotions douloureuses. Refouler ces émotions conduites à un évitement du deuil qui fragilisera la personnalité dans le futur. De plus en plus, dans nos sociétés, une philosophie agnostique modifie la prise en compte des derniers instants de la vie et/ou permet l'émergence d'un nouveau type de rites et cérémonies et il est indispensable que des défunts partent avec un accompagnement individualisé. L’incinération laïque est une pratique de plus en plus courante. Or, notre société manque, à cet égard, de rites spécifiques et personnels. La parole doit impérativement être mise en exergue par les professionnels du funéraire. Il faut retrouver des rites comme ceux pratiqués dans les sociétés traditionnelles et la cérémonie organisée doit avoir le plus de sens possible pour la famille et le rituel de séparation doit être personnalisé : il est important que les proches fassent quelque chose, qu’ils deviennent les acteurs des funérailles ! Quoiqu’il en soit, il est fondamental d’associer les bons, les beaux et les mauvais souvenirs au moment de l’adieu. La charge symbolique est forte et il faut pouvoir parler vrai, juste, et dire ce que l’on a sur le coeur. La convivialité, le fait d’être ensemble, entouré d’êtres qui nous aiment, peut soulager la tension de l’adieu et apporter un certain réconfort.

Le travail de deuil

Le travail de deuil doit être fondé sur un processus d’intégration et non de résignation. Sans lui, nous ne cessons de trouver inacceptable la perte d’un être proche et aimé : il faut pouvoir remplacer l’absence extérieure par une présence intérieure. Il est courant d’entendre qu’il n’y a pas de mots pour dire la souffrance de la perte et ce mal-être qui perdure. Chaque personne en deuil doit pouvoir vivre autrement, que dans la solitude et dans l’incompréhension de sa grande souffrance, sa lente transformation personnelle. Pour cela, il faut vivre avec ce mort, ce vide, cette absence définitive et une autre relation (symbolisée) avec le disparu doit s’instaurer. Ceci signifie aussi qu’une relation perdure mais elle est d’un tout autre genre : celui qui est dans le deuil doit apprendre à porter la douleur (la métaboliser), à porter la réalité de la séparation en revivant ses souvenirs. Avant de complètement réintégrer la vie, l’endeuillé a parfois besoin de recevoir de l’extérieur la permission de rompre le deuil.

Le travail du deuil est inconscient, donc non volontaire. Cependant, un travail conscient est possible à condition de se faire aider ou accompagner par une personne formée à ce type de situation. L’expression des émotions est nécessaire pour intégrer, dépasser, surmonter un deuil. Comme le savaient bien les anciens, le travail de deuil est nécessaire pour l’équilibre et la santé de toute personne. La période de réorganisation peut en effet seulement commencer lorsque la perte est acceptée, reconnue et légitimée par la société. Il faut reconnaître l'héritage affectif légué par la personne disparue. On peut dire, par exemple : « Grand-papa appréciait les réunions familiales et il était attentif à chacun. Il m'a montré l'importance de la famille.»

Que faire concrètement face à ces constats ?

Il y a toute évidence une urgence et une impérieuse nécessite pour les individus et pour notre société à mettre en place des solutions pour répondre à ces différents constats de souffrance sur le continuum qui s’échelonne entre la fin de vie et la clôture du deuil. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, je collabore avec Vincent Dufoing et son équipe de Picardie laïque à l’élaboration d’un protocole d’accompagnement de 4 phases distinctes et articulées avec pour objectif essentiel, d’encourager l’émergence d’une parole qui puisse faire sens et relais entre :

  • L’accompagnement de la fin de vie,
  • Les funérailles
  • Le travail de deuil
  • La clôture du deuil

Outre ce protocole, je travaille aussi, depuis plusieurs années, au développement d’un outil informatique innovant lié à la mémoire, aux commémorations et à la transmission entre les générations, mais également à des enjeux très importants pour la santé mentale individuelle et collective, qui sont ceux la psychanalyse transgénérationnelle, plus connue sous le nom de psychogénéalogie. L'application Commemoria a été présentée pour la première fois lors du colloque "Le deuil, mémoire vivante" organisé par l'association Picardie Laïque en mars 2013 à Mons. Cet outil servira dorénavant de support aux conseillers moraux de Picardie Laïque mais s’adresse à toutes les personnes qui aimeraient transmettre l’histoire de leur vie à leur descendance et à leurs proches, quelles que soient leur appartenance religieuse ou leurs croyances philosophiques.

Vidéo

Retrouvez l'intervention de Pierre RAMAUT lors du colloque "Le deuil, mémoire vivante" organisé par l'ASBL Picardie Laïque et Commemoria en mars 2013 à Mons.